APM- près de la moitié des médecins DIM font part d’un mal-être professionnel


Près de la moitié des médecins DIM font part d’un mal-être professionnel (enquête)

PARIS, 7 juillet 2014 (APM) – Près de la moitié des médecins travaillant dans les départements d’information médicale (DIM) d’hôpitaux, d’établissements de santé privés d’intérêt collectif (Espic) et de cliniques commerciales déclarent ne pas se sentir bien dans leur travail, selon une enquête nationale réalisée par leur syndicat.

Juste après sa création, en avril (cf APM SNRDB001), le syndicat des DIM (Sdim) a adressé un questionnaire à tous les praticiens travaillant dans les DIM des établissements de santé publics et privés (soit 1.570 courriers) pour connaître leur contexte professionnel, leurs missions, leur sentiment vis-à-vis de leur situation professionnelle et leurs propositions.

Le syndicat a pu exploiter 309 réponses provenant quasi exclusivement de médecins, lesquels sont à 85% responsables d’un DIM, a indiqué son président, Christophe Segouin, chef du service de santé publique du groupe hospitalier Saint-Louis/Lariboisière/Fernand Widal (Paris, AP-HP), lors d’une conférence de presse lundi.

Parmi les médecins ayant répondu, deux tiers travaillent dans un établissement public de santé, 13% dans un Espic et 13% dans une clinique, toutes spécialités confondues (MCO, SSR, psychiatrie). Plus de la moitié (57%) ont une activité mono-site et 43% sont sur plusieurs sites (avec des Finess différents).

Les DIM ont principalement comme missions l’organisation du recueil de l’information liée aux séjours, le codage des actes et le contrôle de la qualité du codage ainsi que la production et l’analyse des données, notamment à des fins épidémiologiques. Les trois quarts des personnes ayant répondu disent qu’elles élaborent également des tableaux de bord et 18% sont en charge des campagnes nationales sur le dossier patient (Ipaqss). Des DIM indiquent qu’ils sont aussi chargés de l’informatisation du dossier patient, des archives ou de l’identitovigilance.

L’enquête montre que le codage décentralisé dans les services cliniques reste majoritaire (57%) mais qu’il est rattrapé par un codage centralisé réalisé par des professionnels du codage sous la responsabilité du DIM (41%). Le codage décentralisé réalisé par les TIM (techniciens d’information médicale), représente à ce stade une organisation « presque marginale », soulignent les auteurs.

LES MEDECINS DIM A LA PEINE

Les réponses sur les vécus professionnels « nous ont estomaqués », a souligné le président du Sdim.

Parmi les médecins DIM ayant répondu à l’enquête, « quatre sur 10 » (39%) ont déclaré avoir le sentiment de ne pas répondre à leurs missions tandis qu’un peu plus de la moitié (55%) ont le sentiment d’y répondre.

Interrogés sur les missions qu’ils ne parviennent pas à accomplir, près des deux tiers (63%) indiquent avoir le sentiment de ne pas répondre au coeur de leur métier, c’est-à-dire au codage des actes. Plus de la moitié (60%) évoque également l’analyse des données et plus de quatre DIM sur 10 (41%) déclarent avoir le sentiment de ne pas répondre à leur mission en matière de production de données.

En outre, 18% disent subir un impact négatif de l’intervention de sociétés effectuant des « recodages » des actes. « Ces sociétés font des choses que nous savons faire. Alors que les DIM manquent de moyens, l’appel à ces sociétés extérieures donne l’impression que nous ne savons pas remplir notre mission », a commenté le Dr Segouin.

« On peut comprendre le recours à une société extérieure la première année, mais on ne peut pas le comprendre trois ans après et on ne peut comprendre pourquoi un hôpital n’a pas mis en place les moyens suffisants pour le codage des actes », a-t-il affirmé. « Le renforcement des moyens est faisable par des reconversions de personnels infirmiers », a-t-il souligné en se fondant sur l’exemple de son propre établissement.

L’enquête réalisée par le Sdim montre également que près de la moitié des médecins DIM (48%) se sentent « mal » dans leur travail, dont un quart d’entre eux (soit 12% de l’ensemble des personnes ayant répondu) disent être « durablement déstabilisés ».

S’agissant des équipes, seulement la moitié des DIM indiquent que leur équipe se sent bien.

Plusieurs causes, et non une seule, semblent favoriser ce mal-être professionnel, selon l’enquête. Les médecins citent en premier l’absence de moyens (56%), puis l’absence de dialogue avec l’administration (48%) et enfin les compétences à renforcer (43%).

MANQUE DE MOYENS ET DE FORMATION

Pour le Sdim, l’enquête révèle ainsi plusieurs problèmes.

Elle montre que l’accroissement des missions des médecins DIM (dont les origines sont diverses) ne s’est pas accompagnée de tous les moyens nécessaires, que ce soit au plan humain ou informatique, et que la mise en place d’une formation continue est nécessaire, ont estimé son président et son secrétaire général, Gilles Madelon (CH de Mulhouse).

Avec la mise en place de la tarification à l’activité (T2A), le rythme de codage et de remontée des informations aux directions s’est accéléré, passant à un rythme mensuel, ont-ils expliqué.

Sous la pression également de la T2A, l’activité des établissements a elle-même beaucoup augmenté. « Globalement, nos missions se sont accrues alors que les équipes des DIM ont peu bougé », a observé le Dr Segouin.

Le Dr Madelon a aussi regretté que les DIM soient tenus pour responsables des problèmes de codage. Les dossiers des patients ne sont eux-mêmes pas toujours de bonne qualité et « on trouve encore des dossiers avec peu de choses », a-t-il affirmé.

Gilles Madelon a observé que les établissements psychiatriques et ceux de soins de suite et de réadaptation (SSR) étaient moins soumis à ces pressions du fait de la non-application de la T2A à ces activités. Mais elle sera la même lorsqu’une nouvelle tarification sera appliquée à ces activités, a-t-il estimé.

Les deux responsables du Sdim ont également déploré qu’aucune action en matière de formation continue des médecins DIM n’ait été mise en place. Une société savante existe (la Sofime, cf APM CBQDJ001) mais seulement depuis un an, a rappelé le Dr Segouin.

Il n’existe plus de formation au niveau national permettant de qualifier un médecin DIM, a regretté le Dr Segouin. « Aujourd’hui c’est un métier qui s’apprend sur le tas tout en digérant la réglementation », a ajouté le Dr Madelon.

Face aux réponses à leur enquête, ils ont annoncé que leur syndicat demandait un « plan national DIM » (cf APM SNRG7003).

san/ab/APM polsan

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SNRG7002 07/07/2014 18:31 ACTU

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